Le choix du théâtre
dans l’espace public

LA BARAQUE LIBERTÉ créée en avril 2014, est la concrétisation d’une quête ardente et sans relâche. Celle de Caroline Panzera, metteur en scène, comédienne, collaboratrice artistique des projets de compagnonnages du Théâtre du Soleil au Cambodge et en Afghanistan, chargée de mission de solidarité pour l’AIDA (association internationale de défense des artistes victimes de la répression dans le monde). Elle rêve de longue date à une manière de raconter le monde, réunit autour de l’idée et du sentiment de troupe quatorze artistes, tous rencontrés au fil de ses dix années d’apprentissage.

 

Un travail d’écriture au cœur de la cité habitée, sur la base d’improvisations, étroitement lié aux artistes dont est construite cette baraque à rêves et aux citoyens qui sont invités à participer.

Le projet de La Baraque Liberté vise à s’inscrire sur le long terme, à maintenir l’intensité de son rapport à la création artistique originale tout en s’insérant dans la marche du monde, demeurant sans faille en prise directe avec son époque et en solidarité avec le contemporain. Avec, dans, et pour l’Espace Public :

« En tant qu’artiste, je suis confrontée à la nécessité de m’interroger sur le sens de ce que je fais, sur le cadre dans lequel j’exerce, sur le style que j’élabore et les valeurs qu’il représente. Mon travail est toujours un point de vue, une prise de position politique, sur ce qui est, sur ce que j’espère, sur ce que je refuse. Ainsi, en choisissant en 2014 de créer La Baraque Liberté, et de placer notre théâtre dans l’espace public, j’ai fait un choix déterminé et conscient. Je suis lucide : je comprends les enjeux liés à notre espace public, à l’urbanisme et l’architecture, j’admire le savoir-faire et la richesse inouïe des artistes qui œuvrent pour une écriture spécifique en inventant de nouveaux rapports au public, et tous ceux qui se battent et œuvrent depuis presque 50 ans à la structuration de ces arts, pour la reconnaissance et le soutien de ses artistes. Et je veux associer les forces de notre troupe aux côtés de ceux qui ont su faire valoir l’ambition d’intégrer l’ensemble des citoyens à un projet de société, pour un imaginaire commun.

Je veux utiliser notre savoir-faire et le théâtre – qui est une forme ancienne, c’est vrai – pour dire la farce de notre monde, pour créer une fête sereine et violente, en réinventant les principes d’une forme populaire « traditionnelle ». Nous désirons un théâtre en prise directe sur la réalité sociale, qui ne soit pas un simple constat, mais un encouragement à changer les conditions dans lesquelles nous vivons. Nous voulons raconter notre Histoire commune pour la faire avancer – si tel peut être le rôle du théâtre, nous réaffirmons qu’il doit se jouer au cœur de la Cité, être libre d’accès, ouvert, gratuit.

Pour nous, faire théâtre, avec, pour et dans l’espace public, ce n’est pas seulement présenter « un spectacle », c’est ouvrir le plateau de tous les possibles à la ville. Ainsi à toutes les étapes de la création : les répétitions sont ouvertes aux passants. Hommes, femmes, enfants qui passent par là, sont invités à réagir ou même à participer et à dire, à jouer lorsque nous écrivons. Nous invitons des groupes à improviser avec les comédiens et nous écrivons « des rôles » au cœur du spectacle, pour que toute personne qui le souhaite puisse participer en venant répéter avec nous le jour même de la représentation, et jouer. C’est comme ça que nous entendons le mot théâtre, c’est comme ça que nous rêvons d’investir la Cité : en étant un moyen de dialogue, en ouvrant les limites du plateau à la ville toute entière. Nous souhaitons aller au devant et à la rencontre de tous les publics. Il s’agit d’un théâtre populaire dans sa charge première d’interrogateur et de témoin du monde contemporain.